24 Heures

26.08.2008

Respecte mon autorité

La Russie a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Ca nous fait une belle jambe, puisqu'elles étaient déjà de facto indépendante, mais qu'elles n'auront pas plus de reconnaissance de la part de l'Ouest. Mais plus intéressant, par contre, c'est cette petite remarque de Medvedev à propos de la Transnistrie.

La quoi?

La Transnistrie, une petite bande de terrain, plus pro-russe que la Russie, qui est dans la situation où était l'Ossétie du Sud avant le 8 août (par exemple, la Transnistrie n'est pas reconnue par la Russie), la frontière commune avec la Russie en moins (cf. cette carte, tirée de l'article de Wikipédia ad hoc - où l'on apprend que le président de la province s'appelle ... Igor Smirnov.)

Après les 70'000 ossètes du Sud, ce serait là la prochaine étape pour bâtir a Greater Russia?

La France se réveille en guerre

Lundi, en Afghanistan, une patrouille de militaire français a été prise en embuscade par des talibans. 9 soldats sont morts et une vingtaine ont été blessé.

Le débat sur la présence française en Afghanistan, et plus largement sur la présence de la coalition là-bas, s'est ré-ouvert brusquement, et les politiciens français vont pouvoir expérimenter ce que d'autres membres de la coalition ont déjà pu vivre, en particulier le Canada, qui a eu un peu l'impression de rattraper la patate réchauffée puis balancée au suivant par les USA (voir les articles de Wikipédia faisant le décompte des victimes militaires de la coalition - la France a pour l'instant réchappé au pire - et des victimes civiles, incluant les résistants/talibans/terroristes (choisir la mention qui sied le mieux à votre vision du monde.))

C dans l'air consacre une émission sur l'embuscade, le rôle de la France dans cette guerre et, plus généralement, la question de la présence occidentale en Afghanistan (l'émission est disponible en entier dans le lien.) On en retient principalement que se retirer aux premières pertes importantes seraient l'assurance de plus d'attaque contre les forces françaises, que si la stratégie qui a été utilisée jusque là en Afghanistan est la mauvaise, la France n'y peut pas grandchose, puisque ce sont les USA qui tiennent le manche et enfin que le risque d'une prise de pouvoir en Afghanistan par des gens qui détestent profondément l'Occident et qui ont déjà un pied au Pakistan, c'est pas un truc à prendre à la légère.

Dans l'émission ci-dessus, on retrouve l'auteur du blog Secret-Défense, blog qui a suivi de près l'évènement et ses conséquences. On peut noter en particulier l'article suivant, mentionné par le blog, qui résume ce qu'il y a à dire sur l'embuscade elle-même, d'un point de vue militaire.

Hughes Serraf moque certaines considérations géopolitiques simplistes et constate que si la présence militaire française en Afghanistan ne change pas grandchose, on ne peut pas non plus simplement s'en foutre ou décider qu'après tout, si les talibans prennent le pouvoir, c'est que les afghans l'auront voulu (et si la coalition arrive à tenir le terrain, c'est que la population l'a voulu?) Il note aussi avec amusement (plutôt que d'en pleurer) que les positions de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche sur la question sont copiées-collées (d'ailleurs je me demande si je ne me suis pas emmêlé dans mes liens.)

Alors, après tout ça, que faudrait-il faire en Afghanistan? La présence occidentale peut-elle se justifier?

C'est un débat sans fin. La guerre de Bush contre le terrorisme est une entreprise destructrice et maladroite ("salut, je lutte contre le terrorisme en emprisonnant  et en torturant des gamins de 15 ans - je sens qu'on va conquérir l'opinion publique mondiale avec ça.") Ce n'est sans doute pas là qu'il faut chercher de bonnes raisons d'être en Afghanistan. Mais au final, les raisons pour lesquelles l'Occident s'est invité dans la guerre civile de ce pays n'importe plus tellement, maintenant que le mal est fait (c'est une vision défaitiste, certes.) Une question plus fondamentale est de savoir s'en sortir sans perdre complètement la population afghane aux talibans, ce qui serait - en-dehors du coût humain pour la population afghane - diablement risqué, par exemple pour la démocratie pakistanaise (qui s'est débarrassée de Musharraf, yeah.)

Pour ceux qui ne savent pas, il y a toujours la méthode classique pour éviter les retombées (comment ça, l'Occident dans une guerre globale contre des [terroristes sanguinaires/résistants écorchés par la vie] ? Oh vous savez, on a fait tout ce qu'on a pu pour régler ça.) Je rigole, mais ça me semble plutôt habile : nous sommes insignifiant, et on peut prendre les coups diplomatiques pour les autres. J'aurais peut-être proposé de discuter avec les talibans plutôt qu'avec Ben Laden, puisqu'il est après tout un élément extérieur à l'Afghanistan - qu'il soit la marionnette folle de la CIA ou de l'Arabie Saoudite, il n'est pas mieux placé pour parler de ce que veulent les afghans que Sarkozy. Et encore, quand on propose de discuter avec les talibans, il faudra bien choisir ceux qui laisseront se reconstruire l'Afghanistan*, ceux qui ne brûleront pas les écoles après notre passage, ceux qui respecteront les résultats des élections.

*Pour la reconstruction de l'Afghanistan, voir cet article du Courrier International (dans le CI numéro 929, du 21 au 27 août - l'article n'est pas disponible en ligne) relatant la manière dont Kaboul attire les entrepreneurs indiens.

12.08.2008

South Ossetia is a piece of shit

Oh, le titre vraiment pas fin... Même pour placer une référence à un groupe de rock lausannois, c'est un peu tiré par les cheveux.

J'essaie de rédiger une note sur le conflit actuel entre la Géorgie et la Russie depuis quelques jours, mais j'ai un peu de peine. Ce conflit est tellement ... idiot et mal justifié que j'ai de la peine à y réfléchir. Avant d'en parler, donc, quelques liens :

Evidemment, avant toute chose, l'article de Wikipedia sur le conflit est très dynamique, et digère très rapidement tout ce qui se dit sur le conflit. Utile pour suivre le développement en cours sans trop se noyer dans l'info. Pour suivre de manière plus pointue le conflit lui-même, j'ai trouvé ce forum, aussi, complètement par hasard.

A Fistful Of Euros avait, avant le conflit, publié une série d'article sur les "conflits gelés", i.e. guerre de sécession, territoriale ou autre qui se sont arrêtées faute d'intérêt suffisant, mais qui n'ont jamais été résolu, et laisse donc des zones floues dans les cartes. Un des articles concernait l'Ossétie du Sud et donne une très bonne vue du conflit. Il y est souligné en particulier que l'Ossétie du Sud, c'est une région minable avec une "ville" et des montagnes et autour de 70'000 habitants (moins qu'à Andorre.) Ces derniers jours, le blog s'est concentré sur l'actualité sur place, analysant les raisons de l'action de la Géorgie ou s'inquiétant du devenir d'un de ses membres qui se trouvait à T'Blissi il y a encore peu de temps.

Dans la presse, j'ai noté cet article du Monde sur la situation d'aujourd'hui (la Géorgie est prête au cessez-le-feu, désormais, tout dépend de l'appétit de la Russie.) Sur Rue89.com, un article de Slate avec un très mauvais titre (dans la platitude des vacances, la guerre entre la Géorgie et la Russie, c'est le truc qui remplit les journaux, mais passons) n'apporte pas grand chose de plus, mais sonne l'alarme : les tanks russes en Géorgie et les JO en Chine sont des signaux très clairs que le monde n'est plus occidental (ce qui se traduit, d'un point de vue européen, qu'il ne va plus aller tout seul vers la démocratie et la liberté ... oh oh oh, on dirait un blog de droite. J'arrête.) Il émet l'hypothèse suivante pour expliquer l'attaque de la Géorgie sur l'Ossétie du Sud :

Le pouvoir géorgien, au contraire, est persuadé que la menace constante d’une agression russe, couplée au refus occidental d’intégrer son pays à l’Otan, l’oblige à faire la démonstration de son autonomie. Le président géorgien Saakashvili a acheté des armes dans ce but. Ceux qui le connaissent savent qu’il était persuadé qu’un conflit était inévitable mais pouvait être gagné s’il était conduit intelligemment.

Il conclut, et c'est assez juste à mon avis, qu'on aurait eu tout le temps nécessaire pour éviter cette guerre stupide. Rien de plus juste, en effet, puisque l'Ossétie du Sud réclame l'indépendance depuis la chute de l'URSS.

Doug, de Doug's Darkworld, donne un court résumé de la situation, avant d'exprimer son point de vue sur la question : la Russie se venge du Kosovo en reproduisant la façon de faire de l'OTAN avec la province séparatiste géorgienne. Il ne manque pas, et c'est là que je lui pardonne de placer la souveraineté des nations au-dessus du droit à l'autodétermination, que la Russie est totalement hypocrite lorsqu'elle dit vouloir aider les ossètes et les abkhazes à prendre leur indépendance, en témoigne justement son refus de l'indépendance du Kosovo et sa gestion des indépendantistes tchètchènes.

Je rebondirais là-dessus pour ajouter que la Russie n'avait pas reconnu le résultat du dernier référendum sur l'indépendance de l'Ossétie du Sud - pas plus, par ailleurs, que l'Ossétie du Sud elle-même. Il est donc évident que sur ce point-là, la Russie profite d'une erreur de la Géorgie pour se débarrasser d'un membre potentiel de l'OTAN, dans une manoeuvre ignorant complètement l'intérêt des gens (qui serait plutôt la paix, qui attend qu'on la négocie depuis 1992, dans ce coin du monde.)

Voilà pour la Russie. Mais la Géorgie? Que s'est-il passé? Après une escalade qui aurait pu s'arrêter comme elle a commencé, une attaque à grande échelle a été lancée par la Géorgie, au motif que des villages géorgiens, en Ossétie, a été bombardé par des indépendantistes ossètes. Il faudra pas mal de travail pour savoir comment tout cela a commencé, mais ce qui est sur, c'est que ce n'était pas une garantie d'efficacité et de sécurité que de confier le maintien de la paix en Ossétie du Sud à une force russo-géorgienne.

Ca c'est pour le comportement de la Russie. On ne sait pas encore pour l'instant, il me semble, si les raisons données par la Géorgie pour son opération à grande échelle le 8 août sont vraies, mais si c'était le cas, on peut difficilement lui en vouloir. Dans le cas contraire, par contre, il n'en faudrait pas beaucoup plus pour dire que le président a fait une grosse connerie (envoyer son armée dans une zone censée être contrôlée par une force de maintien de la paix dont fait partie la Russie... Faut pas tenir à la vie.)

En attendant, on espère que la Russie va s'arrêter le plus rapidement possible, et on espère aussi, sans y croire, que les gens finiront par comprendre que les histoires d'identité, c'est rigolo pour le sport, mais qu'il faut s'arrêter avant de se retrouver en milice à bombarder le village voisin.

Cet article a été originalement publié sur mon blog de l'EPFL.