24 Heures

01.05.2009

Un rappel à propos de l'UE

On en parle pas tellement, mais le 7 juin, l'organe législatif d'une région ayant un PIB plus élevé que celui des USA va être élu. Il s'agit du parlement européen. A quoi bon, pourrait-on se demander, devant des types aussi insubmersibles que Sarkozy ou Berlusconi? Sur LeMonde.fr un article nous rappelle les pouvoirs de ce parlement :

 

Ceux qui critiquent la Commission européenne doivent savoir qu'elle agit sous le contrôle du Parlement européen. Celui-ci investit le président de la Commission, auditionne chacun des commissaires pressentis, puis investit l'ensemble du collège des commissaires ; il peut à tout moment renverser la Commission.

Et ces pouvoirs ne sont pas théoriques. En 2004, le Parlement européen a récusé deux commissaires pressentis. En 1999, il a provoqué la chute de la Commission présidée par Jacques Santer. Est-il cohérent de se plaindre, comme on aime à le faire dans notre pays, d'une Commission européenne trop "lointaine", trop "bureaucratique" et de se désintéresser en même temps des élections européennes, qui donnent aux citoyens le moyen de la contrôler par l'intermédiaire de leurs représentants ?

 

Ces élections sont les seules qui puissent influencer de manière conséquente des choses comme la réforme des institutions européennes (on rappelle la malheureuse décision de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche contre un référendum européen) ou le déboulonnage de Barroso, vous savez, le type qui a choisi McCreevy comme commissaire (monsieur "le manque de régulation n'est pas en cause") et qui a collaboré avec la CIA sous Bush.

Il me parait surprenant que dans un pays aussi en grogne que la France ces élections paraissent si mineures. Certes, le gouvernement n'aide pas à prendre la question au sérieux,  par exemple en envoyant Rachida Dati à la retraite à l'europarlement (plutôt que de la virer) ou encore quand il s'agit d'invoquer l'UE comme une excuse ou une cause ultime de tous les malheurs.

On a un dernier exemple de l'utilité de ce parlement dans la gestation de la loi Hadopi. Les citoyens français ne peuvent à peu près rien faire du tout pour contrer cette loi (écrire aux parlementaires pour leur dire de changer d'avis, quand il en va de leur carrière? ahah, la bonne blague) étant donner que l'UMP a la majorité, et vu la conception du parlement en France, Sarkozy a les pleins pouvoirs pour autant qu'il maintienne la pression sur ses troupes. Au parlement européen, par contre, il n'en va pas de même. Si la droite est aussi majoritaire au niveau européen, elle n'y est pas aux ordres d'un gouvernement. C'est là qu'un amendement du parlement européen a donné un vague espoir de ne pas voir la gestion d'internet en France en une vaste mascarade, comme c'est le cas en Chine ou en Australie. Malheureusement, la droite restant la droite, elle a écouté les lobbys et affaiblit cet amendement, dit Bono.

Bref, il est de bon ton de décrier l'UE pour son manque de démocratie. Voilà que bientôt arrive le moment fatidique pour y remédier, ne nous décevez pas, voisins.

19.09.2008

Les eurosceptiques sont morts, vivent les euro-réalistes

On commence gentiment à parler des élections européennes de l'année prochaine, et ça apporte son lot de surprise. Alors qu'il reste encore un peu de suspense quant à savoir sous quel traité ces élections se tiendront, on peut déjà être assez sur que les écologistes se présenteront - au moins en France - dans une alliance large, comme l'explique Alain Lipietz.

 Mais mon titre ne faisait pas référence à cela. Ces élections représentent un enjeu important : c'est un parlement représentant un demi-milliard de personnes, contrôlant le budget de l'UE (120 milliards d'euro en 2007) - une entité dont le PIB dépasse celui des USA (ok, c'est plus trop une référence, en ce moment.) (Un exemple de son influence? La directive "retour", dont la forme reflète de manière évidente la domination du parlement européen par la droite.)

Alors forcément, ça attire l'oeil, d'autant plus que l'élection se fait sur un mode proportionnel, ce qui rend l'accès au parlement européen plus facile, pour les petits partis, qu'au parlement français. (En obtenant une dizaine de pourcent - comme au premier tour des présidentielles - l'extrême-droite peut espérer obtenir 1 parlementaire dans une région en nommant 10. Ca devient rapidement intéressant, à condition de ne pas partir en ordre dispersé. A condition aussi, bien entendu, d'attirer l'attention des électeurs sur ce genre d'élection, ce qui pourrait avoir l'air contradictoire avec certains slogans qui voudraient que l'UE soit anti-démocratique ou que le parlement européen ne sert à rien.)

C'est sans doute ce qu'il faut lire dans le soudain intérêt de certains anti-européens dans ces élections, détaillé dans cet article amusant du Monde, qui les pousse à se découvrir pro-européen - peut-être parce qu'ils se sont aperçu que sans l'UE, ils auraient l'air parfaitement ridicule, que ce soit face à la Chine, aux USA ou à la Russie, ou simplement parce qu'en France, ils n'atteindront jamais le poids nécessaire pour faire quoique ce soit. En attendant, bon courage à eux pour réussir à réunir les ultra-libéraux irlandais et les isolationnistes français.